Cinq ou six grands metteurs en scène qui vous ont marqué, qui ont décidé de votre amour pour le cinéma.
— Franck Lloyd, sans doute, est le premier avec Cavalcade.
— Le premier qui a décidé de voire amour pour le cinéma ? Ou est-ce le film que vous m ettez au-dessus de tous les autres ?
— Je ne mets aucun film, nî aucun metteur en scène au-dessus de tous les autres. Il est difficile de dire celui qui a décidé de ma carrière, William W yler, John Ford, Frank Capra, Welles son pour beaucoup, les 63 Américains y sont pour beaucoup aussi (1). L ’amour du cinéma comprend l’admiration qu’on éprouve pour les réalisateurs. Je ne sais pas, bien entendu, si j’aurais autant aim é le cinéma sans ces gens-là.
— Qu’est-ce que vous admirez dans le cinéma américain ? Une technique, une morale, une conception de l’homme ?
— Un peu tout cela. C’est sans doute la philosophie personnelle de ces gens-là qui s ’ajoute à des scripts admirables. Quand on revoit Seuls les Anges ont des ailes, on s ’aperçoit à quel point les dialogues sont extraordinaires. Pensez aussi à la richesse que donnent ces merveilleux acteurs que nous n’avons pas. Il nous serait impossible de tourner Seuls les Anges ont des ailes, parce que nous n ’avons pas Jean Arthur. Nous n ’avons pas une dame qui soit capable de se mettre au piano et de jouer « Some of these days ». Nous n ’avions pas un Cary Grant, jusqu’à Belmondo. Nous ne pouvons pas avoir de Thomas Mitchell, nous n’avons rien… en dehors de Belmondo.
Claude Beylie and Bertrand Tavernier, Entretien avec Jean-Pierre Melville, Cahiers du cinéma, 1961, pp. 1–22