Entretien avec Jean-Pierre Melville
Cahiers du cinéma, 1961, pp. 1–22

Cahiers du cinéma, 1961, pp. 1–22

Cinq ou six grands metteurs en scène qui vous ont marqué, qui ont décidé de votre amour pour le cinéma.
— Franck Lloyd, sans doute, est le premier avec Cavalcade.
— Le premier qui a décidé de voire amour pour le cinéma ? Ou est-ce le film que vous m ettez au-dessus de tous les autres ?
— Je ne mets aucun film, nî aucun metteur en scène au-dessus de tous les autres. Il est difficile de dire celui qui a décidé de ma carrière, William W yler, John Ford, Frank Capra, Welles son pour beaucoup, les 63 Américains y sont pour beaucoup aussi (1). L ’amour du cinéma comprend l’admiration qu’on éprouve pour les réalisateurs. Je ne sais pas, bien entendu, si j’aurais autant aim é le cinéma sans ces gens-là.
— Qu’est-ce que vous admirez dans le cinéma américain ? Une technique, une morale, une conception de l’homme ?
— Un peu tout cela. C’est sans doute la philosophie personnelle de ces gens-là qui s ’ajoute à des scripts admirables. Quand on revoit Seuls les Anges ont des ailes, on s ’aperçoit à quel point les dialogues sont extraordinaires. Pensez aussi à la richesse que donnent ces merveilleux acteurs que nous n’avons pas. Il nous serait impossible de tourner Seuls les Anges ont des ailes, parce que nous n ’avons pas Jean Arthur. Nous n ’avons pas une dame qui soit capable de se mettre au piano et de jouer « Some of these days ». Nous n ’avions pas un Cary Grant, jusqu’à Belmondo. Nous ne pouvons pas avoir de Thomas Mitchell, nous n’avons rien… en dehors de Belmondo.